MOURIES 2006

@gricolae - 21 et 22 juillet 2006 -Mouriès
1ère Université d’été de l’agriculture

Comme le reste des acteurs économiques, le monde agricole est confronté au défi de la mondialisation.Ce souci est également partagé par les opérateurs agricoles de la région.

COMPTE-RENDU

Les différents secteurs de production (élevage, arboriculture, foin de Crau, maraîchage…) conscients de la similitude de leurs difficultés d’adaptation de leurs productions aux nouvelles contraintes de commercialisation, ont rejoint Mouriès où se tenait @gricolae, première université d’été de l’agriculture.
Dans un climat convivial, des experts, des agriculteurs et des chefs d’entreprises ont mis en commun leurs expériences, fait le point sur les législations et les opportunités nouvelles de marché.
Les agriculteurs ne veulent pas être les laissés pour compte de la mondialisation et souhaitent exploiter l’opportunité que constituent les biocarburants et les circuits courts de distribution.
Cette réunion conforte tous ceux qui considèrent la mondialisation comme une opportunité, une chance pour chacun et notamment pour tous les agriculteurs qui sauront la saisir.

De gauche à droite : Pierre Santoire -maire de Mouriès, Yann Doberva - BPPC, Evelyne Banon - agricultrice, Marie-Pierre Callet - présidente de Bovins 13, Martine Liogier- Euro Info Centre, Colette Faravel - Calliope convergence.

Marie-Pierre Callet, Présidente de Bovin 13, Philippe Banon, expert agricole et Colette Faravel de Calliope convergence avaient réçu le soutien du Conseil général des Bouches-du-Rhône, de la Ville de Mouriès, de la Banque Populaire Provençale et Corse, de Groupama, de l’Euro Info Centre, de la CGPME13, du Crédit agricole Alpes Provence, de la SSII EXILAB, de l’Echangeur Marseille Provence, de la chambre
d’agriculture des Bouches-du-Rhône et de la coopérative agricole de Fontvieille.
La qualité des intervenants, des participants et de l’organisation ont contribué à ce que cette manifestation soit un réel succès.

Après le mot de bienvenue du maire de Mouriès, Pierre Santoire, et l’introduction des travaux par la Présidente de Bovin13, Marie-Pierre Callet, c’est le sénateur Michel Guerry représentant au Sénat, les français établis hors de France, qui nous a fait part de ses réflexions concernant la mondialisation et de ses conséquences sur les développements économiques dans le monde et plus particulièrement pour notre pays et le monde agricole de notre région.

@gricolae avait invité André-Yves Portnoff, directeur de la Révolution de l’Intelligence et prospectiviste chez FUTURIBLES. Il a défendu le choix de l’innovation comme clé de la compétitivité agricole. Il a démontré que l’innovation participait souvent d’idées du passé, que les entreprises vivent, se développent et peuvent mourir si elles passent à côté des développements innovants. Par exemple, Kodak, passé à côté du numérique, est aujourd’hui en grande difficulté. Il a souligné
l’importance pour les acteurs du territoire à renouveler leurs métiers par l’innovation en exploitant les opportunités du numérique et d’Internet. De son point de vue, il est crucial que le territoire dispose de connexions à haut débit et puisse ainsi ne pas être exclu de la plus grande vitrine du monde. Force pour lui et pour les membres de
présents a été de constater que la fracture numérique n’était pas virtuelle mais une réalité quotidienne à laquelle se trouvaient confrontés certains habitants des Bouches-du-Rhône, éloignés seulement de 50 km de la capitale Marseille. Le haut débit de
qualité n’a pas encore atteint les exploitations agricoles et maintient dans l’isolement numérique des millers d’habitants et de touristes. Les mentalités ont déjà évolué mais les réalisations technologiques font cruellement défaut et pénalise un peu plus chaque exploitant agricole. Un appel est lancé aux hommes politiques pour que les engagements pris par les opérateurs soient honorés.

Eric Notin, directeur de l’Echangeur Marseille Provence, a rapellé que les technologies de l’information étaient au centre des échanges commerciaux internationaux et que les agriculteurs devaient se les approprier pour mieux les maîtriser et en utiliser tous les atouts. « Ce qui existera dans trente ans n’a pas encore été inventé… ».

Le domaine des biocarburants est un sujet qui a été abordé de façon approfondie. Il est considéré comme essentiel par nombre d’agriculteurs, car en leur permettant d’apporter leurs contributions à l’indépendance énergétique, il permettrait de réduire les émissions
de CO², les paysages seraient préservés et un revenu complémentaire pourrait être ainsi généré.

L’Europe, grâce à Blandine Pellistrandi, chef de la représentation de la Commission européenne, a pris un nouveau visage, plus proche et moins hermétique. Son intervention sur la politique de la Commission européenne en matière d’énergie et plus particulièrement en matière de biocarburants, si elle a permis de mieux appréhender les processus clés de sa mise en oeuvre, a été pour les agriculteurs l’occasion de faire part de l’inadaptation de l’application de certaines directives aux réalités du terrain. Rendezvous a été pris, en septembre pour rédiger une note à la Direction Energie de la Commission européenne.
La France, dans ce domaine, est très en retard sur ses engagements européens.

Apportant son expérience de terrain, José Perez, directeur de la société Deulep qui va développer à Fos-sur-Mer une unité de production de bioéthanol, a permis d’avoir un éclairage pertinent sur les process d’élaboration du bioéthanol. Le positionnement de chaque acteur de la filière a laissé entrevoir aux agriculteurs les options qui, à terme,
pourraient être les leurs.

Puis, ce fut aux agriculteurs de présenter leurs projets, leurs réussites. Tous les participants ont pu constaté qu’ils faisent de l’innovation au quotidien et avaient pris des positions très pertinentes au regard des nouveaux circuits commerciaux. Que ce soit Didier Tronc, directeur de l’A.O.C Foin de Crau ( seule A.O.C non alimentaire en Europe) qui vend à travers le monde dont l’Arabie Saoudite ou le Japon, le foin que produise les membres du groupement ou Régis Molenat, Président de l’O.P Alliance, qui commercialise 15000 tonnes de tomates, à travers la France et nous a permis de partager l’aventure de la ZEBRA, variété de tomates à la couleur si reconnaissable ( verte rayée de rouge) aux qualités gustatives exceptionnelles, Jérôme Grangier qui, pour John Deere, a mis au point l’agriculture de précision et connaît tous les secrets des huiles de tournesol et de colza, de leur production à leurs différents usages, tous ont, avec beaucoup de professionnalisme et de passsion, partagé leurs expériences, leurs difficultés et leurs succès.

Fabian Berges-Sennou, économiste, chargé de recherche à l’INRA de Toulouse a décrypté les marques de distributeurs. Après un état des lieux de la situation en France et en Europe, il s’est livré à une analyse des enjeux qui se jouent au quotidien entre les producteurs et la grande distribution. L’évolution de ces marchés, les nombreuses lois
françaises pour les encadrer ont établi en France une situation unique au monde qui conduit à des rapports de force très déséquilibrés. Ces différents éclairages ont permisà chacun de pouvoir mieux appréhender les réalités quotidiennes et d’y faire face, à
l’avenir, avec plus d’atouts.

Robert Coste, Président de Groupama, partenaire de l’opération, a mis au centre des débats, le mutualisme qui a été au coeur des structurations sociales et économiques du monde agricole, tant dans le milieu de l’assurance que dans celui de la banque. Ainsi, si le monde agricole a innové pour exister, il n’a pas cessé de la faire et a essaimé à travers le monde ses valeurs de solidarité qui ont fait sa force.

Les visites d’exploitation ont été l’occasion de retrouver sur leurs terrains, les agriculteurs. La production de tomates hors-sol en agriculture raisonnée, chez les Arravecchia ou celle du foin de Crau en A.O.C chez Patrice Vulpian, sans oublier les plantations d’olivers de Mouriès, font partie des fleurons de notre région. La préservation de l’environnement et les contraintes de la production conduisent ces exploitants à être tour à tour biologistes, ingénieurs, agriculteurs et commerciaux. Cela se retrouve également chez Marie-Pierre Callet qui, tout en se battant pour la protection des zônes humides du marais des Baux, a lancé, cette année sur le Domaine de Malaga, la culture du tournesol. De multiples compétences pour de multiples talents avec la qualité au rendez-vous.

Les déjeuners, dans le cadre merveilleux et authentique du Moulin Peyre, ancien moulin à huile, ont été l’occasion de partager les meilleurs produits de la région – les pêches de Rémy Coste, la guardiane de taureau de Bernard Granier, les fromages de chèvre de Malbosc, les vins du Domaine Gourgonnier, la charcuterie des Arnaud.

Compte tenu du succès de leur initiative, Marie-Pierre Callet, Philippe Banon et Colette Faravel d’@gricolae ont déjà pris l’option de renouveler cette Université d’Eté, en 2007.